La bande a Loulou

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#1 24-11-2010 20:35:10

Alexandre
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Entretien avec Dietrich Bruggeman, réalisateur de "Cours si tu peux"

Le jeune réalisateur allemand a accepté de s’entretenir avec 3 membres du jury d’Univerciné. Cool et détendu, il nous parle de son film tourné en 28 jours. Notons que l’homme n’est pas un grand bavard, et bien qu’assez brève, ses réponses ont le mérite d’être claires.

L’équipe d’Univerciné : Que représente pour vous le festival Univerciné ?
Dietrich Brüggemann : C’est un très beau festival. Je suis très heureux d’y participer pour la seconde fois et j’espère bien qu’avec mon prochain film j’y serais convié de nouveau. J’adore Nantes, merci Nantes !

Vous travaillez pour le magazine de cinéma allemand Schnitt. En tant que critique, que diriez-vous sur votre film ?
(Rire). En fait, j’ai déjà rédigé 2 critiques sur mon film : une bonne et une mauvaise. Mais là, il me serait impossible de vous répondre, je ne peux pas critiquer mon film.

Comment définiriez-vous votre cinéma ?
Je ne me rattache à aucun courant en particulier, du moins je n’en ai pas l’impression. Pour ce qui est de mon cinéma, c’est difficile à dire. Dans la brochure c’est écrit « comédie dramatique ». Oui, on pourrait dire ça. J’aime quand c’est comique et sérieux en même temps, mais j’essaie de ne pas tomber dans la comédie facile.

L’un des membres de votre famille est handicapé et le sujet de votre film vous concerne directement. Prépariez-vous ce projet depuis longtemps ?
Effectivement, ma sœur est dans un fauteuil roulant. Je connais donc bien le milieu des personnes handicapées car j’y suis confronté tous les jours. Cela fait longtemps que l’idée trottait dans ma tête, j’ai commencé à y penser en 1997…

Benjamin, bien qu’handicapé est par bien des aspects le moteur du film : il crée les rencontres et aide les autres personnages, que cherchiez-vous à signifier par cela ?
C’est vrai qu’il met en marche le récit, mais les autres personnages aussi lui viennent en aide. Cependant, il n’y a aucune signification particulière à cela, le personnage est juste lui-même.

Il y a de l’ironie dans cette situation…
Oui, c’est en effet très ironique. J’adore l’ironie et l’utiliser dans mes films, car la vie est complètement ironique. Elle fait d’ailleurs partie intégrante du personnage de Ben qui l’utilise à travers son cynisme.

Les couleurs de votre film sont assez ternes et tendent souvent vers le gris, quel effet cherchiez-vous à donner ? Est-ce en rapport avec les situations difficiles que vivent les personnages ?
Hum. En fait non, pas spécialement. Les décors du tournage étaient ainsi, et cela me plaisait. C’est plus une question de ressenti. Il faut aussi savoir que nous filmions pendant la période d’hiver, c’est aussi cela qui donnait cette ambiance. Certains lieux sont quand même colorés, souvenez-vous du jaune de l’école de musique qui tranche avec le reste, comme un lieu spécial.

En ce qui concerne le son et la musique, elle semble plutôt agressive. Même lorsqu’elle pourrait être douce, comme lorsque Anne joue du violoncelle, la blessure de sa colocataire empêche la douceur de s’installer. Pourquoi ?
La musique n’est ni violente ni douce, c’est pourquoi je fais alterner pop et musique classique. Mais c’est vrai que la violence dont vous parlez est finalement nécessaire et inévitable pour que les personnages avancent. C’est la vie, et la musique est à son image.

Il y a beaucoup d’humour dans votre film, souvent grinçant. Quelle est sa finalité ? Faire rire pour dédramatiser ou appuyer le côté âpre de la vie ?
En fait, les deux. L’humour qui vient de Benjamin est inhérent à sa personnalité, il est comme ça. Pour le reste, c’est l’ironie de la vie, à la fois drôle et triste.

La place du rêve est centrale dans le film, il guide les personnages. Que pourriez-vous en dire ?
Oui, le rêve fait partie de la vie. Il a donc toute sa place dans le film.

Vous déclarez dans le titre : « Cours si tu peux ». A la fin, les personnages finissent par courir et accomplir leurs rêves, mais ils se séparent. Alors, vaut-il mieux ne pas s’arrêter de courir ou se poser pour profiter du bonheur, comme l’amitié qu’ils partagent tous les trois ?
Question compliquée. Je dirais que ce ne sont pas les personnages qui courent, c’est la vie qui court. Les personnages suivent la voie qu’ils doivent suivre et se laissent entraîner dans la vie.

Le film semble plutôt bien se terminer, mais on sent une certaine amertume. C’est plutôt une vision optimiste ou pessimiste de la vie ?
Ni l’un ni l’autre, c’est simplement réaliste. J’ai cherché à retranscrire du mieux que j’ai pu la vie telle qu’elle est.

Bon alors, ce film : Porno ou d’enfer ?
(Rire). Hum… porno sans hésiter !

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